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Alger : témoin des dangers d’une mauvaise gestion urbaine

M. Dominique LAPLACE, animateur du Groupe de Travail de l’IPGR sur le Ruissellement Pluvial Urbain a ponctué le repas d’une seconde intervention.
Cette dernière a essentiellement porté sur l’importance de la connaissance du réseau d’assainissement et de drainage par les collectivités locales et les organismes de secours aux personnes (pompiers, sécurité civile, armée…).
La ville de Marseille est confrontée, comme la plupart des villes méditerranéennes, à des événements pluvieux intenses se déversant sur des terres sèches incapables d’absorber ces quantités d’eau importante. Suite aux crues sévères observées ces dernières années, la Société d’Exploitation du Réseau d’Assainissement de Marseille (SERAM), en coopération avec les marins pompiers de la ville de Marseille et la collectivité, s’est engagée dans une politique de maitrise des risques d’inondation. Celle-ci se décline suivant trois axes de travail :
  • La prévention avec la mise en place d’un système de surveillance des épisodes orageux menaçants,
  • La gestion de crise, notamment par le déclenchement d’un système d’alertes précoces,
  • La protection des biens et des personnes par le déclenchement d’un plan « sauvegarde » interdisant l’accès à certaines zones et édifices de la ville (parkings souterrains par exemple) et mobilisant l’ensemble des personnels de secours.
Le cas de la ville d’Alger vient illustrer les conséquences dévastatrices que peuvent avoir une crue dans une ville démunie d’un tel système et d’une prise de conscience des risques. En effet, en 2001, après une vingtaine d’années sans épisodes pluvieux remarquables, la capitale algérienne est submergée, en quelques heures, par 200 mm de pluie qui se déversent sur une ville dont les anciennes infrastructures d’assainissement et les institutions (pas de plan des risques ni de plan d’intervention et de gestion de la crise) n’étaient pas préparées à gérer les problèmes générés par des pluies diluviennes.
Contexte : Bab-el-Oued est un ancien quartier de la ville d’Alger, construit et aménagé par les français lors de la période coloniale, en tenant compte de la contrainte naturelle que constituait le bassin versant situé en amont. L’urbanisation de ces terrains répondait à une certaine « logique naturelle » laissant pousser sur les pentes une végétation dense retenant ainsi les terrains d’éventuels glissements. Le lit de l’oued était maintenu dégagé pour l’écoulement des eaux de pluie. Un réseau de drainage (buses + égouts) avait également été mis en place en aval de ce système naturel d’écoulement des eaux de ruissellement afin de minimiser l’impact sur l’homme en cas de crue de l’oued.
Depuis, la ville a connu une croissance importante de sa population. La nécessité de loger de plus en plus de personnes en ville a augmenté la densité du quartier ainsi que la pression foncière. En conséquence, les pentes du bassin furent progressivement urbanisées, et le fond de l’oued comblé afin d’accueillir une autoroute, imperméabilisant de ce fait les sols et bloquant tout évacuation naturelle des eaux.
La catastrophe : à 10h du matin, de nombreuses personnes se retrouvent piégées et assistent à la montée des eaux, dans un premier temps sur l’autoroute puis en aval, dans une zone commerciale (marché), qui se retrouve ensevelie en quelques minutes sous 2 mètres d’eau, chargée de terre et de débris en tout genre (voitures…).
Explication du phénomène :
  • Forte imperméabilisation des sols,
  • Une autoroute jouant le rôle de « toboggan »,
  • Un réseau d’égouts dimensionné pour recevoir l’équivalent de 50 m3/s et devant supporter un débit de plus de 500 m3 /s,
  • Un réseau d’égouts en mauvais état, préalablement encombré de détritus urbains,
  • Une digue (renversement de son rôle de protection de l’oued) de protection empêchant toute évacuation des eaux dans la mer.
Contexte de la mission : Dans la journée, une équipe d’intervention des eaux de Marseille est dépêchée sur place avec du matériel de pompage et d’hydro-curage. La première mission de l’équipe est de nettoyer le réseau d’assainissement de la ville afin de permettre une évacuation partielle des eaux par ces canaux. Cependant, au vu de l’ampleur de la catastrophe, un deuxième travail est décidé : durant trois semaines les agents de la SERAM se sont relayés afin de pomper les eaux des caves et des habitations. La Lyonnaise de Eaux par sa filière LYDEC (en charge de la gestion des eaux à Casablanca) gère la suite de la mission sur le long terme.
Enseignements tirés : plus jamais ça !
Abandon des maisons construites dans le lit de l’Oued afin de retrouver l’axe naturel des écoulements des eaux, et création d’une réglementation du sol efficace, indiquant non seulement les zones constructibles, mais aussi et surtout les zones inconstructibles car dangereuses en cas d’inondation ou de séisme (car l’Algérie est aussi une zone à forts risques sismiques).
Utilisation du performant système météorologique algérien au service de la gouvernance locale (les Wallis). Ceci demande un transfert de l’information afin de traduire la donnée météorologique en un niveau de danger compréhensif pour la population et l’autorité, et la mise en place de plan de suivi et de gestion de la crise.
Ne pas faire abstraction des constructions existantes et des populations vivant sur ces territoires à enjeux. Il faut entreprendre avec eux des séminaires d’information sur les risques encourus et sur les comportements à tenir (se réfugier sur les points hauts et dans les zones refuge de la maison, ne pas se déplacer…) en cas d’alerte : messages radios, télévisés… S’il est en effet impossible d’évacuer toutes les personnes, il est possible d’éviter une catastrophe humaine de grande ampleur.
La gestion des risques nécessite en France comme à l’étranger une compréhension des enjeux associés, qu’ils soient environnementaux, économiques ou sociaux. Cela passe également par des prises de décisions, parfois fermes, et d’arbitrages souvent délicats en termes d’aménagement du territoire. La gestion des risques pose aussi la question :
  • du partage des responsabilités entre le pouvoir de police du maire et l’état par l’intermédiaire du préfet et des Plan de Prévention des Risques,
  • de la volonté des élus de voir la réalité urbaine et ses risques associés tels qu’ils sont et non tels que l’on souhaiterait qu’ils soient,
  • des financements pour l’acquisition de données normalement gratuites (car domaine de la sécurité) qui coûtent chaque année un peu plus de 100 000 euros aux collectivités.